Beata Szparagowska

                Photographe

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Home-less


L’intérieur – l’extérieur, les frontières s’estompent. Le coin de la rue devient la maison. Cette maison n’a pas de portes pour se protéger. De l’agression, du froid. Mais aussi : du regard de ceux qui, le soir, rentrent chez eux et qui ferment bien la porte à clé.   


Je me souviens de cette cabine téléphonique près de chez moi. Un jour j’y ai vu quelques cartons et le bout d’une couette rose qui cachaient une silhouette endormie. Après quelques mois la cabine a disparu. Je vois encore parfois sur le trottoir les traces, quelques carreaux plus foncés que les autres. Une maison d’un mètre sur un mètre.


Je me souviens de cet homme dans le métro. Il était 17 heures, tout le monde courrait pour attraper le métro. L’homme était assis, immobile, entouré de sacs plastiques dans lesquels il y avait toutes ses affaires. Il lisait un livre, je me souviens du titre : « Puerto Soledad ». Le port de la solitude.


Je me souviens de Anka qui m’a raconté un jour : « Je regardais tous ces sans-abri devant le supermarché. Je les voyais en passant, j’avais pas le temps de m’arrêter, je courrais au boulot, chercher les gosses chez ma mère, faire les courses. Ils étaient toujours là. Maintenant moi aussi je suis là. Je suis comme eux. Je regarde les gens passer ».


Je me souviens de la gentillesse de cet homme de Jordanie qui occupe depuis quelques années un coin près de la grande baie vitrée à la gare du Nord. Ses cent pas monotones comme pour marquer son territoire.